LE FRANC CFA: UNE MONNAIE FRANCAISE QUI PREND EN OTAGE LES COLONIES FRANCAISES D'AFRIQUE. AFRICAINS, REVEILLONS-NOUS!!! (une interview de M. Agbohou relayée par le Mouvement Ablodé)

Crise ivoirienne/ Pr Nicolas Agbohou : "Le retrait immédiat de la Côte d`Ivoire de la zone FCFA peut définitivement mettre fin à la crise" (1)

Au-delà des décisions politiques, l'universitaire Nicolas Agbohou, professeur titulaire d'économie et de gestion en France , politologue, plaide pour l'usage de l'article 48 par le Président Gbagbo pour résoudre efficacement les problèmes économiques de la Côte d'Ivoire et même ceux de l'Afrique.

Professeur, quel est le regard du citoyen que vous êtes, sur l'utilisation de l'article 48 de la Constitution par le Président de la République comme le recommande la lettre de Mbeki ? Par l'article 48, des pouvoirs exceptionnels ont été accordés au Président de la République pour résoudre tous les problèmes les plus importants et les urgents du pays .Ces problèmes peuvent être de tous ordres. Mais je mettrai l'accent sur les problèmes économiques. En effet, le vrai problème dont souffrent les pays de l'Afrique francophone, c'est l'esclavage monétaire . La Côte d'Ivoire étant un pays essentiel au sein de l'UEMOA, elle a aujourd'hui l'occasion unique pour résoudre efficacement et en urgence ce problème qu'est le néocolonialisme monétaire véhiculé par l'usage du Franc CFA .

Quelle est cette occasion unique ? Vous savez que la France se nourrit des querelles intestines des Africains. Le Franc CFA se maintient encore en vie à cause de l'incapacité des Dirigeants africains à s'unir dignement sur l'essentiel. Donc le Président de la République de Côte d'Ivoire doit se servir de l'article 48 pour retirer immédiatement son pays de la zone FCFA. Et en lieu et place, battre la monnaie ivoirienne de résistance ou la monnaie ivoirienne révolutionnaire , en abrégé la MIR. La naissance de celle-ci fera disparaître très rapidement la zone Franc CFA. Car le Franc CFA volera en éclats dès son abandon par la RCI. La MIR deviendra naturellement la monnaie pivot des autres nouvelles monnaies de l' UEMOA qui aura évidemment une nouvelle zone monétaire créée par et pour les Africains . Comme on le constate, cette révolution monétaire aura vu le jour sous l'initiative salutaire de la RCI

Pourtant, grâce à sa stabilité, le Franc CFA est envié des autres pays qui ne l'utilisent pas officiellement. C'est parce que ces pays sont volontairement maintenus dans l'ignorance sur les réalités du Franc CFA.

Quelles sont ces réalités ? D'abord, il est inexact de dire que le Franc CFA est stable. C'est totalement le contraire. Pour le démontrer, prenons le cas de deux élèves Konan qui a un soutien scolaire onéreux lui permettant d'avoir péniblement la moyenne en classe et Blé dont les brillantes notes lui dispensent tout naturellement de ces cours à domicile payants. on note au passage que quand la facture de ce soutien scolaire personnalisé n'est pas payé, le répétiteur arrête d'aider à la maison Konan dont les notes finissent par dégringoler en très peu de temps qui suit la suspension ou la fin du soutien scolaire. On voit bien qu'entre ces deux élèves, le plus faible, le plus instable en notes de classe sans le soutien scolaire très cher, c'est Konan. Le meilleur reste ici Blé qui n'a aucun soutien scolaire et qui domine de très loin Konan. Il en est de même pour le Franc CFA(= Konan). En effet, pour rendre artificiellement stable le Franc CfA, les 15 pays africains qui l'utilisent déposent obligatoirement 65% de leurs recettes d'exportation sur leurs comptes courants ouverts au Trésor public de la France. Par exemple, si la RCI fait une recette extérieure de 1000 milliards de dollars, elle donne obligatoirement au moins 650 milliards à la France pour soutenir le Franc CFA à sa place. Autrement dit, lorsque les dépôts des 15 pays africains sont jugés insuffisants par la France, celle-ci impose à l'Afrique francophone concernée, des mesures d'austérité hors norme dont la dévaluation du Franc CFA de 1994. En dernière analyse, c'est parce que le Franc CFA est très instable que les 15 pays utilisateurs se dépouillent de leurs précieux capitaux pour les remettre naïvement à la France gérante qui leur rend compte selon ses propres désirs. Donc dire que le Franc CFA est stable est une violente escroquerie intellectuelle soigneusement entretenue et qu'il convient de dénoncer avec la plus extrême vigueur ! Car le jour où les 15 pays cesseront de verser à la France les 65% (réduits récemment à 50 %) de leurs devises, le Franc CFA sera une monnaie fondante. Les autres monnaies (cas de l'élève Blé) n'ont pas ce tutorat négatif français. Elles permettent cependant à leurs propriétaires de développer des politiques économiques qui nourrissent très bien leurs populations. Exemples : le Nigeria, le Ghana, l'Afrique du Sud, Ile Maurice, le Maroc, la Tunisie, l'Algérie, la Libye, la Chine, l'Inde, le Brésil, etc.

Quelle est l'autre réalité du Franc CFA ? La réalité du terrain, c'est que la valeur d'une monnaie dépend essentiellement de la valeur de l'économie du pays qui bat cette monnaie. Or, la Côte d'Ivoire fait à elle seule 60% de la masse monétaire de l'UEMOA, 40% du PIB (ou des richesses produites) et 25% de la population. Ce sont des agrégats économiques qui constituent les atouts pouvant permettre à la Côte d'Ivoire de créer sa monnaie.

Quel avantage y a-t-il à créer sa propre monnaie ? Lorsqu'on parle de monnaie, on parle de Banque centrale. Maîtriser sa monnaie, c'est maîtriser sa Banque centrale qui commande toutes les autres banques commerciales où vous et moi avons nos différents comptes. La politique de développement d'un pays est définie et menée par la Banque centrale. Par exemple, si le gouvernement veut faciliter l'accès à des crédits bancaires pour les emprunteurs, il donne des instructions à la Banque centrale qui baisse son taux d'intérêt (appelé taux directeur) sur lequel se calquent tous les autres taux d'intérêts des banques commerciales où nous allons faire nos opérations financières. Si l'Etat ne veut pas favoriser les crédits aux agents économiques, la Banque centrale élève son taux directeur et l'argent devient trop cher au point que personne ne veut s'endetter ni pour consommer, ni pour entreprendre une affaire. Le volume global des crédits à octroyer à l'économie peut même être volontairement limité par la politique monétaire définie par le Gouvernement et la Banque centrale qui est un établissement public à l'écoute permanente des pouvoirs publics. Dans le cas particulier des pays de la zone FCFA, toutes les Banques centrales sont inféodées (soumises) à la Banque de France. Celle-ci définit pour les Africains utilisateurs du Franc CFA le niveau du crédit à allouer à leurs économies. Cela veut dire que c'est la France qui, à travers sa Banque centrale (appelée Banque de France), décide et impose à ses sujets africains un certain niveau de développement socio -économique. Parce que le FCFA, comme l'indique sa signification originelle- Franc des colonies françaises d'Afrique, n'est pas la monnaie des Africains. C'est la propriété, en dernier ressort, de la France qui s'en sert dans le sens de ses intérêts légitimes et contre l'Afrique ! Donc battre sa propre monnaie, c'est se donner les moyens objectifs du développement. Le rejet de la souveraineté monétaire au profit de l'ancien esclavagiste est synonyme d'une revendication du statut d'esclave et de colonisé... C'est pourquoi le Président Gbagbo doit utiliser l'article 48 pour libérer son peuple de cet esclavage ou colonialisme monétaire conçu par la France contre les peuples noirs .

Vous n'élargissez pas trop le pouvoir que l'article 48 confère au Président de la république ? Je n'exagère pas ! Puisque l'article 48 concentre tous les pouvoirs d'Etat dans les mains du Président de la République. Ceux qui, depuis des années, demandaient au Président d'en user savent à quoi s'en tenir. Je ne rentre pas dans ce débat politicien. Depuis 1998, je ne fais que lutter pour amener les décideurs africains à comprendre la nécessité vitale de retirer leurs pays de cette zone monétaire de soumission aveugle appauvrissante . Parce que la monnaie ou l'argent, c'est la base de la révolution économique et sociale de tout pays.

Bien des pays autour de la Côte d'Ivoire ont leur monnaie. Pourtant, au plan du développement, la Côte d'Ivoire est considérée comme la vitrine de l'Afrique de l'ouest. Le développement de la Côte d'Ivoire, est comparable au niveau d'un élève passable qui est toujours premier parmi ses camarades très médiocres. Ce que je veux dire par là, c'est que la Côte d'Ivoire peut mieux faire. Avec son indépendance monétaire que je lui souhaite ardemment , elle peut avoir un niveau de développement 15 à 20 fois supérieur à celui qu'elle a, en ce moment. Et comme je l'ai déjà dit, maîtriser sa monnaie, c'est maîtriser sa banque centrale et avoir prise sur toutes les autres banques commerciales. Avec ce contrôle et maîtrise de tous les circuits financiers, on peut accorder des crédits à des chefs d'entreprises africains de toutes tailles. Ces derniers seront rigoureusement suivis ou encadrés par des cabinets d'affaires agréés. Les micro-crédits seront alors banalisés ou popularisés et formalisés afin de permettre la simple vendeuse de beignets d'avoir un compte en banque. L'informel serait ainsi réduit. L'auto-emploi ainsi encouragé ne peut que faire reculer le chômage endémique ! Et grâce à ces crédits, les chefs d'entreprise peuvent faire des investissements sérieux dans tous les secteurs de l'économie pour y produire en grande quantité des richesses dont l'offre supérieure à la demande déclenchera la baisse généralisée des prix : c'est la maîtrise de l'inflation et la fin de la stagflation (=stagnation ou récession +inflation) imposée à la zone franc CFA par Paris. La production massive de ces biens et services renforcera l'embauche, accroîtra le pouvoir d'achat et par conséquent relancera la consommation qui soutiendra la production et les recettes fiscales. La hausse de celles-ci permettra à l'Etat d'améliorer les infrastructures de l'Education nationale, de la Santé publique, de l'armée, des autres corps habillés, de la fonction publique, des différents ministères et de faire face à toutes les dépenses publiques indispensables au bon fonctionnement du pays. Donc, comme on le voit, la monnaie est la substance ou la clé du développement. La monnaie est la conséquence logique de l'indépendance politique. Il y a donc une contradiction flagrante lorsqu'on demande l'indépendance politique et qu'on renonce curieusement à sa conséquence logique qu'est l'indépendance monétaire. Quand vous n'avez pas l'indépendance monétaire, c'est le cas du FCFA, il y a une autre puissance qui décide pour vous la quantité de monnaie qu'il vous faut. Elle limite volontairement vos ambitions de développement. Et c'est ça le drame de l'Afrique . En s'opposant de façon frontale à la France, le Président Gbagbo ne peut que logiquement quitter immédiatement la zone franc CFA pour justement avoir tous les moyens de sa politique de développement hardi auquel s'oppose naturellement le néo-colonisateur qui infériorise l'homme noir et dont le tutorat monétaire doit être refusé à jamais !

Etes-vous en train de dire que c'est la France qui contrôle la masse monétaire dans la zone Franc CFA? C'est exactement cela. Puisque le FCFA est fabriqué en France, à Clermont-Ferrand. Et je le répète, le FCFA est la propriété de la France en dernier ressort. Et pour le savoir, il suffit tout simplement d'examiner ses institutions et ses quatre principes. D'abord au niveau des institutions, il y a les banques centrales et les comités nationaux de crédit. Il y a trois banques centrales qui sont : la BCEAO, la Banque centrale des Comores et la Banque centrale des Etats de l'Afrique centrale. Dans ces banques centrales, il y a un conseil d'administration. Et dans ces Conseils d'administration, il y a des Français qui ont le droit de veto. Par exemple au niveau de la banque centrale des Comores, il y a huit administrateurs dont quatre Français. Et il est dit que lorsque la Banque centrale des Comoriens veut se réunir pour prendre des décisions même les plus élémentaires, il faut la présence de cinq administrateurs, au moins. Ce qui signifie que si la France estime que cette réunion a pour but de prendre des décisions qui vont contre ses intérêts , il lui suffit de faire la politique de la chaise vide et aucun conseil d'administration ne peut se réunir. Et tout le pays est bloqué. A la BCEAO dont le Conseil d'Administration contient deux Français et 14 Africains, par exemple, les modifications de ses propres statuts et les décisions capitales sont prises à l'unanimité. Donc l'opposition d'un seul Français suffit pour maintenir le statu quo et le blocage socio-économique de l'Afrique de l'ouest. A la BEAC, sur 13 administrateurs il y a 3 Français qui ont droit de veto qui se manifeste par le même principe de l'unanimité. Le gouverneur de la BEAC est nommé sur proposition du Gabon et avec l'accord préalable de la France. Cela veut dire que si ce candidat est un véritable patriote africain qui ne peut pas faire l'affaire de la France, celle-ci le rejette et cautionne l'africain qui peut lui vendre à vil prix son propre continent.

Par ce que vous dites, doit-on comprendre que l'Afrique n'a rien à gagner avec la France, mais bien plus, la France qui gagne tout avec l'Afrique, contrairement à ce que disent les médias français? Il est impératif de rompre avec les mythes mensongers et la mystification inutile. Le Général De Gaulle a dit avec raison qu'un pays n'a pas d'amis ; il n'a que des intérêts. Donc si la France gagnait rien en Afrique, elle n'y serait pas aujourd'hui. Ce que les gens oublient, c'est que la France est un tout petit pays de 60 millions d'habitants. La France, comme le disait Mitterrand avec justesse, sans l'Afrique n'est rien. La France n'est pas économiquement plus puissante que l'Allemagne. Mais son rayonnement dans le monde est de loin supérieur à celui de l'Allemagne. Tout simplement parce qu'elle a la mainmise sur ces anciennes colonies qui votent à l'ONU dans le sens de leur ancien maître. Donc le jour où la France va perdre ses colonies, elle deviendra un pays ordinaire. Comme cela a été le cas du Portugal et de l'Espagne. Lorsque ces pays ont perdu leurs colonies, ils sont devenus pauvres et moins influents dans le monde.

Quels sont les autres principes en dehors des institutions ? Il y a quatre principes qui sont la libre convertibilité, la fixité des parités, les comptes d'opération ou la centralisation des changes et la libre transférabilité. Tous ces principes ont été établis à l'époque coloniale par et pour la France qui en profitent très largement..

Comment ça ? Prenez par exemple le principe de la libre convertibilité. Dans l'état actuel des choses, le FCFA n'est pas convertible. Si un africain prend le FCFA et il va dans n'importe quelle banque, en France il ne peut pas le convertir. Ceux qui profitent de la libre convertibilité sont plutôt les chefs d'entreprises françaises implantées ici en Afrique francophone. Au moment où le FCFA était librement convertible, c'était un moyen de favoriser la fuite des capitaux. Même entre les deux zones monétaires du FCFA (BCEAO et BEAC), il n'y a pas de libre convertibilité. C'est-à-dire que le FCFA de la BCEAO ne peut pas être échangé contre le FCFA de la BEAC. Cela veut dire que ces deux Banques centrales africaines n'ont pratiquement rien en commun entre elles ; mais elles sont toutes deux liées à la France qui profite de cette position de domination pour mieux exploiter l'Afrique.

C'est à croire que le FCFA n'a rien d'avantageux pour l'économie ivoirienne ? Absolument pas ! Prenez encore en exemple le principe des comptes d'opération ou la centralisation des changes. Nous avons vu antérieurement que les Africains sont obligés de déposer en France au minimum 65% de leurs devises ou recettes d'exportations en vue de soutenir la stabilité du FCFA conformément au principe de la fixité des parités. Dans l'état actuel, il y a au minimum 3 000 milliards de FCFA stockés à Paris. Cette situation a plusieurs conséquences graves dont ci-après quelques-unes seulement :

   * Rigueur budgétaire hors norme imposée aux africains pour dégager une économie forcée et alimenter les comptes d'opérations de Paris. Cela se traduit par des coupes sombres dans le budget de l'Education nationale, de la Santé, par des licenciements massifs dans la fonction publique, le gel des salaires dans la fonction publique et dans le privé, la hausse des impôts, la renonciation de l'Etat à son rôle économique…
   * Le gaspillage des devises africaines qui sont utilisées pour racheter les FCFA surabondants sur le marché des monnaies afin de faire remonter leur cours au niveau convenu selon le principe de la fixité des parités. C'est-à-dire selon le principe de la fixité des parités, 1 FF = 100 FCFA hier. Aujourd'hui, 1 euro = 655,957 FCFA. Donc si à la fin de la journée, l'offre des CFA est supérieure à sa demande, son prix que l'on appelle le cours ne doit baisser. Cette baisse se traduit par exemple par 1 euro = 1 000 FCFA. Pour éviter cette variation du cours, la France puise dans les comptes d'opérations les devises des Africains pour racheter des FCFA et faire remonter la demande de ceux-ci à un niveau tel que 1 euro = 655,957 FCFA. (A suivre)